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Dans le syndrome de Münchhausen, le parent invente une maladie chez son enfant et induit des signes cliniques faux pour demander aux soignants un diagnostic, puis un traitement. Les conséquences sur l'enfant peuvent être graves, voire très graves.

Découvrons ensemble toute la complexité de ce syndrome.

Syndrome de Münchhausen : qu'est-ce que c'est ?

La personne prétend des troubles de santé afin d'être prise en charge par le corps médical et être hospitalisée.

Syndrome de Münchhausen par procuration ou SMPP

Au XVIIIème siècle, Rudolph Erich Raspe, en s'inspirant de la réalité, invente l'histoire du baron Hyeronimus von Münchhausen, militaire mercenaire de l'armée russe, à l'imagination débordante et aux exploits incroyables.

Ce syndrome reprend le nom du baron.

En 1977, le pédiatre anglais Roy Meadow explique que ce syndrome est un cas de maltraitance à enfants. Il rapporte l'histoire d'un enfant dont la mère a ajouté du sang dans son examen d'urine, puis d'un autre enfant décédé, car sa mère l'a intoxiqué par le sel.

Les termes procuration en français, ou proxy en anglais, viennent tous deux du latin procuratio, ce qui signifie le pouvoir que quelqu'un donne à une autre personne pour agir en son nom.

Description du SMPP

La personne atteinte du syndrome de Münchhausen par procuration, appelé encore syndrome de Meadow, est comme « dépositaire d'une autorité sur une tierce personne, généralement un enfant mineur » . Voici ce qu'il se passe :

  • une pathologie est créée par la personne responsable de l'enfant ;
  • le parent adresse l'enfant à l'hôpital pour des examens et des traitements médicaux ;
  • le parent est dans le déni de la vraie origine de la maladie ;
  • l'enfant va mieux lorsqu'il est éloigné de son parent lors d'une hospitalisation.

Abus médical de l'enfant

Le SMPP est très complexe et controversé. Son diagnostic est difficile, et à considérer avec beaucoup de prudence.

On définit un syndrome comme « un ensemble de symptômes et de signes, sans cause spécifique, que des individus sont susceptibles d'avoir en même temps lors de certaines maladies » . Hors les victimes du SMPP présentent des symptômes et des signes très hétérogènes. Pour cette raison, et pour stopper la confusion autour du SMPP, un psychiatre et une pédiatre proposent en 2009 de remplacer le terme de SMPP par celui d'abus médical de l'enfant quand des actes médicaux inutiles sont réalisés à un enfant, et que ce n'est pas le docteur qui les demande, puisqu'il les effectue en échos à des actes parentaux.

Ces deux médecins, Roesler et Jenny, en expliquent les avantages selon eux :

  • on met l'accent sur la victime ;
  • on établit qu'il s'agit d'une forme d'abus, où l'instrument est le médecin trompé par le parent sur la nature véritable des problèmes de l'enfant ;
  • on évite le terme de syndrome qui ne s'applique pas dans cette condition ;
  • on met fin à la confusion du diagnostic attribué à l'agresseur.

Signes cliniques du syndrome de Münchhausen par procuration

Quand la maladie de l'enfant a imposé plusieurs hospitalisations, des examens médicaux négatifs, et des traitements sans résultats, le médecin va s'orienter avec une extrême prudence vers une manifestation du SMPP de la part du parent qui est demandeur de traitements, d'examens et de prise en charge. Parfois, les frères et sœurs de l'enfant vivent la même situation.

Ce syndrome reste néanmoins assez rare, mais grave :

  • Le parent qui peut être la mère, désire toujours rester près de son enfant, et se montre aimant, attentionné et protecteur.
  • Le parent peut connaître le langage médical et ses techniques de soin, en étant lui-même infirmier ou médecin.
  • Il reste calme devant la gravité du problème de son enfant, accepte tous les examens médicaux et en demande aussi.
  • Il est dans le déni de la situation et ne se sent pas malade.
  • Il est sympathique avec le personnel, mais peut être aussi agressif. Le SMPP lui permet de créer un lien avec le monde médical, ce qu'il ne peut ou ne sait faire ailleurs.
  • Il capte l'attention sur lui par l'intermédiaire de son enfant malade.

Différents troubles rencontrés par l'enfant victime du parent atteint du syndrome de Münchhausen

Les symptômes existent depuis plusieurs mois, voire plusieurs années, mais aucun diagnostic ne peut être affirmé :

  • éruptions cutanées provoquées par l'emploi de caustiques ou par des grattages ;
  • saignements causés par l'administration d'anti-caogulants, de sang apporté ;
  • dépressions du système nerveux central induites par une intoxication ;
  • diarrhées obtenues par l'ingestion de sel, de laxatifs ;
  • vomissements après l'administration du sirop ipeca ;
  • fièvre obtenue par l'utilisation de perfusions ou en écrivant de fausses courbes de températures ;
  • convulsions provoquées par des intoxications ;
  • apnées après avoir étouffé l'enfant ;
  • des actes chirurgicaux mettant en jeu le pronostic vital ;
  • arrêts cardiorespiratoires ;
  • décès inexpliqué, mort subite du nourrisson.

Conséquences du syndrome de Münchhausen pour l'enfant

L'enfant est victime :

  • d'examens douloureux ;
  • de traitements inutiles avec des effets secondaires ;
  • de troubles alimentaires et du comportement ;
  • d'anxiété, de dépression ;
  • de somatisation ;
  • du syndrome de Münchhausen à son tour.

Que faire en cas de syndrome de Münchhausen par procuration ?

Cette situation demande la cohérence d'une réelle équipe de travail : médecin traitant, personne expérimentée en protection de l'enfance, infirmière chef du service, psychologue, travailleur social hospitalier, pédopsychiatre. Ensemble, ils vont décider :

  • l'hospitalisation de l'enfant pour le protéger de son parent ;
  • un bilan de l'état de santé de l'enfant et de sa famille ainsi que son histoire ;
  • la pertinence ou non d'un signalement selon la gravité des faits.

Une démarche de soin est alors commencée pour :

  • cesser tous les actes médicaux inutiles ;
  • prévenir toute récidive ;
  • soigner les troubles de l'enfant causés par les abus ;
  • mettre en priorité le bien-être de l'enfant de toutes les manières possibles ;
  • stopper la conduite du parent et orienter parent et enfant vers des soins psychologiques et somatiques ;
  • assurer une prévention auprès des étudiants en médecine.