Syndrome du glissement

Rédigé par des auteurs spécialisés Ooreka  À jour en février 2020

Sommaire

Le syndrome de glissement est un syndrome qui s’observe chez les personnes âgées et qui désigne un état de grande déstabilisation physique et psychique. La personne, suite à une affection aiguë, semble inconsciemment refuser de continuer à vivre. Bien que classiquement classé sous le terme de « sénilité », ce syndrome est en réalité plus complexe et il est à distinguer des autres cachexies auxquelles aboutissent un certain nombre d’affections chroniques des personnes âgées.

Caractéristiques du syndrome de glissement

Qui est concerné par le syndrome de glissement ?

Le syndrome de glissement a pour la première fois été décrit en 1956 par le gériatre Jean Carrié. Il le décrivait comme étant « un processus d’involution et de sénescence porté à son état le plus complet ». Le terme de glissement a ensuite été repris en 1967 par P. Graux pour désigner le changement de comportement de certaines personnes âgées.

Il concerne 1 à 4 % des personnes hospitalisées âgées de plus de 70 ans (83 ans en moyenne) et étant particulièrement fragiles. D’une façon générale, les personnes âgées ayant un lourd passé médical avec beaucoup de pathologies présentent davantage de risques que les autres de voir apparaître un syndrome de glissement.

Les personnes souffrant de pathologie hormonale (souvent diabète de type 2), d’antécédents neuromusculaires, de troubles cardiaques (dans près de 45 % des cas et principalement une HTA) et de troubles respiratoires (dans près de 60 % des cas) sont particulièrement concernées.

Causes

Le syndrome de glissement n’a pas de cause médicale connue qui fasse consensus. Toutefois, on sait qu’il survient à distance (de quelques jours à un mois) d’une maladie en phase de guérison ou quelque temps après un événement perturbant.

Il peut s’agir d’un événement physique comme (du plus fréquent au moins fréquent) :

Mais il peut également s'agir d’un événement psychique :

  • un deuil (décès du conjoint notamment) ;
  • le placement en institution avec un sentiment d’abandon familial se traduisant par du découragement et de l’impuissance ;
  • une hospitalisation.

Symptômes du syndrome de glissement

Le syndrome de glissement est marqué par un ensemble de symptômes qui font leur apparition après une phase de latence inférieure à un mois.

Il s’agit fréquemment d’une période au cours de laquelle les symptômes classiques d’une maladie sont absents. Ainsi, malgré l’apparente guérison du patient, ce dernier reste marqué par l’affection responsable ou l’événement perturbant. Épuisé à cette occasion, il ne peut plus assumer sa convalescence, de sorte qu’il se sent « glisser ». C’est une forme de suicide inconscient.

Signes cliniques

Le syndrome de glissement survient brutalement avec des signes d’ordre physique :

  • une anorexie et une dénutrition (il s’agit du signe à la fois le plus précoce et le plus fréquent) due à un refus de s’alimenter (la personne refuse d’ouvrir la bouche ou de déglutir, parfois elle recrache ou vomit ce qu’on lui donne) et se traduisant par un amaigrissement ;
  • l’absence de soif (adipsie) entraînant rapidement une déshydratation ;
  • une asthénie ;
  • des troubles sphinctériens avec une constipation chronique et une rétention urinaire ;

Ils sont aussi d’ordre psychique :

  • un déclin cognitif ;
  • un comportement de repli avec altération de la communication ;
  • un mutisme ;
  • une opposition aux soins avec soit de la passivité, soit de l’agressivité ;
  • une tendance dépressive (un tiers des patients présente une dépression sévère) ;
  • un négativisme avec le désir exprimé de mourir ;
  • une clinophilie (fait de rester au lit toute la journée sans dormir mais sans rien faire) et un refus de se mouvoir.
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Évolution

Le syndrome de glissement s’aggrave très rapidement et de façon dramatique avec l’apparition de complications tels qu’un état de confusion mental grave, des néphrites, des surinfections pulmonaires, etc.

Dans 85 % des cas, ce syndrome mène au décès du patient en quelques jours (un mois maximum). Pour les 15 % restants, des rechutes sont possibles.

Toutefois, des améliorations sont possibles et facilement observables puisque le patient :

  • recommencera à s’alimenter et à boire normalement ;
  • recommencera à communiquer ;
  • sera dans un meilleur état psychique.

Lorsque les fonctions sphinctériennes se normalisent à leur tour, le pronostic est très favorable.

Prise en charge du syndrome de glissement

La prise en charge du syndrome de glissement est souvent complexe dans la mesure où les proches ne savent quoi faire. Ils se trouvent démunis face à des attitudes inattendues et ils sont dépassés par les événements.

Il est donc bien souvent nécessaire, si ce n’était pas encore le cas, de placer la personne en institution afin d’une part de pouvoir assurer des soins continus, et d’autre part de soulager la famille qui ignore généralement comment prendre en charge leur proche qui est « glissant » et qui se dérobe aux soins.

Il n’est toutefois pas rare que les personnes qui développent un syndrome de glissement soient celles qui sont abandonnées par leurs proches (il peut même s’agir là de l’élément déclencheur).

Le principal risque est de voir les aides-soignants adopter des attitudes brutales (pour ne pas dire violentes, parfois) ou en tout cas inadaptées par manque de savoir-faire. Même si le diagnostic parvient à être posé, il n’existe pas de consensus sur le traitement à adopter.

D’une façon générale, la prise en charge devra être multidisciplinaire.

Prise en charge d'ordre symptomatique

Elle s'oriente vers :

  • la renutrition et la réhydratation du patient ;
  • le traitement des complications (lavement en cas de constipation, sonde rectale en cas de météorisme abdominal, mobilisation et massage en kinésithérapie, etc.) ;
  • la prescription médicamenteuse en fonction des besoins, notamment des antibiotiques (les antidépresseurs sont inefficaces chez un tiers des patients).

Prise en charge d’ordre général

Elle consiste en :

  • une présence infirmière prodiguant des soins qui tiennent compte du volet psychique du syndrome ;
  • la prévention des escarres ;
  • un suivi psychothérapeutique.