Addiction à la télévision, que faire ?

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Addiction à la télévision, que faire ?

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Pour rien au monde vous ne voulez manquer votre jeu télévisé, votre émission culturelle ou la dernière série policière ? Votre enfant, à peine rentré de l'école, s'installe devant la télévision pour regarder des dessins animés ? La télévision, comme pour bon nombre de Français, occupe une place importante dans votre vie. Mais si se distraire devant un écran est sans conséquences, en devenir dépendant enferme dans un comportement problématique.

Voici des pistes pour savoir que faire en cas d'addiction à la télévision, que ce soit chez l'enfant ou chez l'adulte.

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1. Distinguez moment de détente et addiction à la télévision

Les phénomènes de dépendance aux écrans et à leur contenu vidéo sont aujourd’hui avérés. Ils sont désormais pris en compte dans les recherches et les traitements en addictologie, mais aussi en psychologie de l’enfant, car le problème concerne aussi bien les adultes que les enfants.

La télévision : un vrai choix d’activité ?

Regarder la télévision participe des moments de détente, indispensables à chacun. La multiplication des chaînes spécialisées et l'augmentation du nombre de téléviseurs dans la plupart des foyers favorisent l'adhésion et la fidélisation à certains programmes. Ceux-ci sont étudiés justement pour stimuler l’accroche du spectateur que vous êtes. La télévision sait accrocher… et rendre accro !

Goût prononcé pour la télévision ou dépendance ?

Prendre plaisir à regarder certains programmes est normal. C'est l’excès qui n’est pas souhaitable. Tout est une question d’équilibre.

L’addiction renvoie à la notion de dépendance. Celle-ci peut être physique, comme en cas de toxicomanie avec certaines drogues ou d’alcoolisme, ou psychologique.

Pour savoir si vous avez un goût prononcé pour la télévision ou si vous êtes accro, sachez que :

  • la dépendance à une activité comme la télévision met la personne dans une incapacité à s’en passer sans ressentir un manque qui peut générer ou révéler du mal-être ;
  • elle conduit à la consommation de l’activité dont les conséquences s’avèrent néfastes sur d’autres aspects de la vie ou de la personne elle-même : la personne dépendante va organiser sa vie, ses rythmes journaliers en fonction de cette consommation, et non l’inverse.
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2. Évaluez le temps passé devant l'écran et le risque de devenir accro à la télévision

Malgré le risque d'être accro, la télévision n’est pas que mauvaise. Selon les programmes, elle permet des temps de détente dans une société qui peut donner le sentiment d'une accélération du rythme de la vie et la multiplication des activités.

C’est le plaisir à être téléspectateur qui, en fonction du contexte et de la personnalité de l'individu, va être de nouveau recherché, souvent au détriment d’autres besoins. La trop grande répétition de ce plaisir peut, à long terme, faire évoluer les avantages en inconvénients, jusqu’à une forme de nocivité.

Le risque de devenir « dépendant » à la télévision est lié notamment au temps passé devant l'écran. Plus vous passerez de temps devant, plus vous aurez de probabilité de devenir « accro ».

Plusieurs facteurs peuvent expliquer cette forte « consommation : la dépression, la solitude, l’insomnie, une immobilisation forcée…

  • Quel que soit le temps passé devant la télévision, si vous avez le sentiment de perdre ou de gâcher votre temps sans pouvoir pour autant vous empêcher de la regarder, c'est qu'elle exerce bien sur vous une attraction au sujet de laquelle il importe de vous interroger.
  • Si vous trouvez que l’un de vos proches la regarde trop, il est important de pouvoir l'évoquer avec lui.
  • Dans tous les cas, il est nécessaire de redéfinir la façon de regarder la télévision. Car ce n’est pas toujours sans conséquences sur l'équilibre général.
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3. Reconnaissez les conséquences d'une addiction à la télévision sur votre état général

Quelles que soient les raisons, visionner durablement et trop souvent un écran peut avoir certaines conséquences sur votre état général.

Les effets sur l'équilibre psychologique global

Il n'est pas clairement établi que la dépendance à la télévision mène à la dépression ou à d'autres pathologies. En revanche, une personne déprimée peut être tentée de faire un usage excessif des séries notamment, en s'enfermant ainsi davantage dans un repli sur soi, une apathie, une perte de motivation pour d'autres activités ou pour la vie sociale. De plus, son estime de soi déjà fragile en ressort rarement grandie.

Pour lutter contre cette addiction comportementale, prenez-en conscience :

  • ne fuyez pas vos ressentis avant et lorsque vous avez recours à ces comportements, ni après ;
  • laissez émerger à votre esprit les pensées et les émotions qui vous traversent : elles seront votre premier indicateur d'un système psychologique et comportemental qui s'est peut-être mis en pilote automatique malgré vous.

Changez vos habitudes de façon méthodique et progressive mais sans viser l'impossible. Donnez-vous les conditions de la réussite : modifiez ce qui vous paraît faisable (il n'y a que vous qui puissiez le déterminer).

L'idée n'est pas de lutter contre votre consommation de télévision, mais de commencer par sortir d'un ensemble d'habitudes et d'un enchaînement de comportements et de pensées, de vous permettre d'observer ce qui se passe.

Un physique au ralenti

Regarder la télévision implique d’être assis. Passer ainsi trop de temps immobile peut, à la longue, s’avérer néfaste pour la santé. Cela contribue en effet à induire certains comportements et à augmenter certains risques : grignotages, prise de poids, relâchement du tonus musculaire… Il est important de réintroduire du mouvement dans votre vie.

  • Si vous trouvez que vous passez trop de temps devant les écrans, sortez un peu chaque jour pour mettre votre corps en mouvement. Souvent l’envie peut manquer au départ, mais ensuite, une fois dehors, quel plaisir à prendre l’air et à sortir de chez soi !
  • Pour les plus accros, et parce qu’il ne sert à rien de diaboliser la télévision, choisissez un programme de fitness avec lequel vous pouvez faire du sport… devant l'écran !

Faites-vous aider si c'est trop difficile

Si vous vous sentez totalement figé dans votre réflexion et dans vos habitudes vis-à-vis de la télévision, et si vous ne pouvez pas appliquer seul les conseils qui précèdent :

  • Demandez le concours de votre entourage (conjoint, amis…) pour vous motiver.
  • Consultez un psychologue pour traiter les causes, et donc un possible mal-être sous-jacent.
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4. Identifiez si la télévision masque la solitude, une certaine déprime ou l’ennui

La solitude ou l'ennui favorisent, particulièrement chez les personnes âgées, isolées ou immobilisées, l’adhésion aux programmes de télévision. Cela devient presque une sorte d'automatisme.

Si vous vivez seul ou vous sentez seul, la télévision peut ainsi rythmer votre vie et vous aider à passer le temps. Vous reportez sur elle votre ennui ou votre solitude.

La télévision occupe votre temps, mais si vous en faites une consommation excessive, cela accroît votre repli social et donc votre isolement et votre solitude. À l'instar d'autres écrans ou de certains jeux vidéo, notamment sur téléphone portable, elle vous procure, en effet, des phases de plaisir – comme la prise de certaines drogues ou d'alcools –, mais elle vous sert aussi d'anesthésiant de la pensée.

Il s'agit là d'un cercle vicieux, qui vous pousse à accorder à la télévision de plus en plus de place, sans que vous vous en rendiez compte suffisamment tôt pour en sortir sans effort.

Souvent, le refuge trouvé dans la télévision vient masquer un mal-être contextuel ou réactionnel, lié à des difficultés sociales ou affectives (déception amoureuse, divorce, chômage, dépression de la personne âgée…). Cela peut cacher un mal-être plus profond (personnalité dépressive chronique, mauvaise estime de soi, difficultés de socialisation, difficultés à trouver sa place parmi les autres ou au sein de la société…).

De plus, si vous traversez une période difficile, regarder la télévision vous laisse l’impression que vous avez perdu votre temps et renforce ce sentiment dépréciatif. Cela peut créer un dérèglement de votre estime de soi, de votre motivation et de vos relations, dont il sera plus difficile de sortir si vous tardez à réagir.

Ce que vous pouvez faire

Au même titre que les risques pour la santé du corps, trop regarder la télévision a donc des conséquences sur l'équilibre psychologique et relationnel. Pour y remédier :

  • Recherchez le dialogue, inscrivez-vous à une activité bénévole, culturelle, créative, ludique, sportive, gastronomique…
  • Sortez de chez vous, même pour peu de temps : quels que soient les programmes TV, le dialogue entre des personnages de fiction ne remplacera jamais les bienfaits d’une véritable discussion, tout comme un documentaire sur la forêt ne remplacera pas le bol d’oxygène dont vous bénéficiez en allant vous y promener.
  • Consultez au besoin un psychologue, ne serait-ce que pour un avis sur votre situation.
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5. Prenez conscience de votre tendance à éviter les relations ou la rencontre avec vous-même

Ce qui se passe à la télévision peut vite devenir l'incarnation d'un monde idéalisé :

  • l’univers des jeux est coloré et tout n’y est que sourire ;
  • les personnages des séries sont toujours à l’heure aux rendez-vous ;
  • les documentaire vantent les beautés d’horizons lointains…

Tout est conçu pour séduire le spectateur.

Réalité ou téléréalité ?

La réalité, parfois difficile, est tout autre. Elle est constituée de normes sociales, d’exigences relationnelles, qui constituent parfois autant de dépassements de soi au quotidien. Ceux-ci peuvent paraître insurmontables à quelqu'un en quête d'identité, en difficulté de socialisation, en manque d'estime ou de confiance en soi, ou encore souffrant de phobie sociale. Dans ce cas, la personne peut chercher :

  • à fuir cette réalité – sans nécessairement se l'avouer – pour en oublier les contraintes et ne pas se confronter à la difficulté de gérer sa frustration ou la pression d'une certaine autorité ;
  • à fuir la crainte de ne pas être à la hauteur, de s'exposer à un sentiment de gêne ou de honte face aux autres perçus comme plus compétents.

La difficulté à être soi ou avec les autres : la vie par procuration

Malgré la tendance largement encouragée par les réseaux sociaux, vivre parmi les autres et être en lien avec autrui n'est pas du goût de tout le monde et pas toujours source de bonheur. Certains sont des solitaires : la télévision constitue alors une activité solitaire parmi d'autres, mais ne les empêche pas d'avoir d'autres centres d'intérêts au domicile et à l'extérieur.

Si vous vous reconnaissez plus ou moins dans ce recours incontrôlé au monde télévisuel par évitement des relations ou de la rencontre avec vous-même, c'est que :

  • vous ignorez comment tisser des relations avec autrui ;
  • vous n'osez pas le faire ;
  • vous doutez de qui vous êtes vraiment ;
  • vous ignorez bon nombre de vos compétences car elles ont été jusque-là insuffisamment valorisées.

Ce que vous pouvez faire

 Quels que soient les programmes que vous aimez, rien ne remplace le spectacle de la vie extérieure ou intérieure mais créative.

Pour ne pas vous enfermer dans le monde télévisuel, ni vous isoler de la vie et des personnes autour de vous, il est nécessaire d’investir des activités ou espaces relationnels où vous n'êtes pas seulement spectateur mais acteur.

  • Dans un premier temps, vous pouvez tenter de le faire progressivement par écran interposé. Il y a en effet sur Internet des forums de discussion sur toutes sortes de sujets, et sans aucun doute sur vos séries préférées !
  • Dans un second temps, vous pouvez envisager de rencontrer réellement ces personnes avec lesquelles vous avez échangé.
  • Si vous avez vraiment l'âme d'un solitaire, accordez-vous le droit de regarder la télévision mais en investissant d'autres activités à côté qui ne nécessitent pas d'être faites collectivement, voire à deux.

L'idée n'est pas de vous engager durablement à faire autre chose, mais d'essayer ponctuellement d'autres activités. Il s'agit :

  • de vous détourner brièvement de votre écran ;
  • de rompre le cercle de la dépendance à la télévision ;
  • plus largement, de rompre la dépendance à un ensemble d'habitudes ;
  • de vous permettre également de découvrir en vous des compétences ignorées jusque-là.
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6. Limitez le temps de télévision pour vos enfants

Les enfants sont particulièrement sollicités et très sensibles aux écrans. Il est donc essentiel de réguler le temps qu'ils passent devant la télévision.

Une étude parue le 14 janvier 2020 dans le Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH) de l'agence sanitaire Santé publique France va plus loin en montrant que les enfants exposés aux écrans le matin avant l’école (20 minutes devant la télévision, une console de jeux, une tablette, un smartphone ou un ordinateur) auraient trois fois plus de risque de souffrir de troubles du langage. Si en plus de cette exposition aux écrans, les enfants discutent « rarement, voire jamais », du contenu des écrans avec leurs parents, le risque de troubles du langage est alors multiplié par six.

Certains professionnels de l'enfance et spécialistes de nos rapports aux écrans, tel le psychiatre Serge Tisseron, recommandent donc :

  • de proscrire la télévision avant 3 ans ;
  • de ne pas dépasser 1 h à 1 h 30 par jour entre 3 et 5 ans et pas le matin avant l’école ;
  • de ne pas mettre la télévision dans la chambre de l'enfant ;
  • d'établir des règles claires quant au temps passé à regarder la télévision et au choix des programmes.

Le choix doit être réfléchi, c'est-à-dire adapté à l'âge de l'enfant ; certains dessins animés trop agressifs ou criards ne conviennent pas à un enfant de 5 ans, par exemple.

Stimulez l'imagination de vos enfants

La télévision offre principalement des programmes qui ne stimulent pas l’imagination de vos enfants. Pour cette raison :

  • éteignez la télévision à la fin du programme visionné et lisez des albums à vos jeunes enfants ; si vous le faites régulièrement, vous leur donnerez le goût de la lecture, et vos enfants, une fois plus grands, prendront d'eux-mêmes un livre (bande dessinée, roman ou autre), plutôt que de la télécommande pour tromper leur ennui ;
  • emmenez vos enfants à la bibliothèque, à la médiathèque ou à la ludothèque ; ce sont des lieux très intéressants et souvent gratuits, avec des activités prévues pour les enfants.
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Favorisez les sorties

La télévision a le défaut d’« immobiliser » les spectateurs. Cela vaut pour les grands mais encore plus pour les petits, qui sont en pleine croissance. Ce qui n'est pas sans incidence sur leur santé, et sur leur développement, notamment psychomoteur.

  • Accompagnez vos enfants dehors pour faire un tour de vélo, de trottinette, de roller…
  • Jouez avec eux ou menez-les au parc ou au jardin de jeux proche de chez vous pour qu'ils s'amusent avec d’autres enfants.
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Aidez vos enfants à développer leur sens critique

Si vos enfants marquent des réticences à décrocher de l’écran et ne sautent pas de joie à votre proposition d'activité, insistez mais sans les réprimander. Dites-leur plutôt que vous avez envie de partager avec eux un moment différent. 

Si vous ne pouvez pas jouer avec eux dans l'immédiat, exprimez votre souhait de les voir tout simplement s'occuper autrement. 

Le fait que les enfants ou les adolescents regardent la télévision ne devrait pas conduire les parents à être dans la répression et à les en priver totalement. Comme toute activité, il est plus judicieux de les éduquer à ce sujet en les aidant à travailler leur propre sens critique. 

Les enfants sont informés des risques lorsqu'ils font du vélo, des voies sur lesquelles ils sont autorisés à rouler et celles qui leur sont formellement interdites. Il en va de même pour la télévision. C'est à vous de fixer des règles pour qu'ils ne la regardent pas trop et de leur apprendre à s'occuper autrement, si possible en les accompagnant dès le plus jeune âge.

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